Ma démarche

 

Impliquée dans une réflexion politique avec tous, je cherche à soutenir des formes d’expressions qui permettent à ceux qu’on ne voit pas ou qu’on n’entend le moins de se raconter et de nous raconter quelque chose de leur histoire de vie.

Je me forme donc tout au long de ma vie à faire se rejoindre cette nécessité de créativité pour raconter d’autres récits de nos vies à mettre à la vue de tous et toutes. J’ai imaginé, dès 1996, rassembler toutes ces productions pour voir ce qu’elles peuvent nous évoquer ensemble comme cheminement collectif à réinventer vers d’autres possibles communs. Cette envie de créer une sorte de mémoire imaginaire commune autre s’est incarnée alors dans « La Vie Des Autres «  comme un lieu qui serait un forum regroupant des histoires de vie à regarder ensemble.

Après une formation initiale, entre amour de l’image et de l’écriture, et désir d’action avec tous et toutes autour de création à faire ensemble, j’ai découvert avec bonheur l’existence d’un diplôme universitaire en  Histoire de VieJ’ai toujours adoré écouter mon grand-père, ouvrier communiste qui avait fait 36, pour acquérir des droits sociaux, s’emporter par convictions pour le bien commun pour tous et toutes. « Nous, on fait parti des faiseux, des petits et là-haut, il y a le grand capital, ceux qui bouffent tout sur le dos du petit ». On peut sourire de ces mots mais moi, il résonne toujours avec justesse dans ma compréhension choisie du monde. Ainsi mon grand-père, m’a ouvert une place en présence au monde comme femme de gauche et je réfléchie souvent à cette question : « Qu’est-ce que c’est être de gauche ? » Quand je pensais à cette question avant,  me venait tout le temps une image d’horizon, de regard vers l’horizon, au lointain.

Et, puis, grâce à ma reprise d’études en Master 1 des sciences de l’éducation et de la formation à Nantes, j’ai pu découvrir des hommes avec leurs pensées qui me semblaient jusqu’alors  » pas pour moi car appartenant malgré tout à cet autre monde « . Et, pourtant, leurs noms me suivaient depuis longtemps car ils avaient été prononcés souvent dans les collectifs libertaires dont je m’étais rapprochée. Gilles Deleuze, par exemple, et en fait, je découvrais leur chaleur humaine et leur rêve si communs au mien d’un monde meilleur pour tous et toutes. Mon horizon d’attente résonnait dans les propos de ce philosophe quand je découvrais son abécédaire. Cette reprise d’études m’a en fait permis de découvrir toute une confrérie d’hommes et de femmes morts ou vivants avec qui partager mes émotions, ma sensibilité et mes désirs et utopie. C’est juste merveilleux de voir que pleins d’hommes et femmes vous sont communs alors que vous les croyez inaccessibles.

Dans le cinéma, j’ai fait à peu près le même cheminement, après une formation d’éclairagiste, je me suis découvert un amour grandissant pour ce média qui humanise tellement notre rapport à l’autre car il nous permet de nous installer devant des narrations sans apriori et de recevoir de façon ouverte et humaine les propositions des auteurs. J’ai alors rejoints différents collectifs ou associations. Les films du Funambule, la commission de programmation du cinéma d’art et essai le Cinématographe à Nantes et j’ai commencé à découvrir de nombreux festivals de cinéma en France en même tant que je participais à sélectionner des films pour faire des programmations  au Cinéma le Concorde à Nantes ou au Cinématographe.

Je me suis encore fait avoir sur ce coup-là. Car, les professionnels du cinéma, pour certains, parlent en terrain conquis, et j’ai entendu beaucoup de stupidités vaniteuses comme :  » Si tu n’as pas vu un film de Wang Bing, ta vie n’a pas le même sens « . Phrase dite sans dérision et avec snobisme camouflé en boboattitude de gauche PS Télérama. Mais, j’ai aussi rencontré des gens, les plus beaux à mon sens, d’une modestie fantastique, comme Pierre Étaix, un homme d’une grâce infinie de délicatesse humaine. Et tous ces hommes que je croyais ne jamais aimés car perçus comme  » intellos emmerdants « , ou « pas pour moi » car leur noms m’apparaissaient comme des auteurs mornes et ennuyeux sont devenus aussi mes amis de cœur et de lutte. Jean Eustache, par exemple, un insoumis et, même, le couple de cinéastes Straub et Huillet  avec qui j’ai ri, en les voyant s’engueuler comme des gamins sur l’écran dans leur salle de montage. Ce que j’ai compris c’est que ce qui nous rejoignait justement c’est nos poussées enfantines, nos espoirs candides du beau avec tous et toutes et nos utopies inchangées. Il y a donc de tout ça dans ma démarche car je sais que chacun aussi doit s’ouvrir des portes nouvelles pour cheminer avec plus de légèreté et de profondeur enfantine. Raconter c’est déjà se donner la possibilité d’exister. Donner à voir et à entendre les pensées et les imaginaires à la marge, c’est recréer du mouvement dans nos démarches collectives.

La venue des médias interconnectés allaient de fait dans ce sens en rendant accessibles à tous ces autres façons de regarder nos histoires de vie. Si certaines productions sont plus personnelles, je reste animée par ce rapport à l’expérimentation d’espace public populaire à créer avec tous et toutes.

Ce site est donc aussi un reflet de cette initiative enthousiaste et joyeuse à entendre et à voir ce que chacun-e a à raconter de son cheminement de formation à lui-même et au monde dans ce rapport imaginaire et réel entre système, expérience de vie et utopie.

                                                                                                                                     Magali Vavasseur