Chronos photos


Festival de musique Les Escales en 1992, l’événement Skatalites,  ska jamaïcain, groupe mythique ; Saint-Nazaire – France.

Mes premiers amours de la photo correspondent à l’époque de ces tirages argentiques et découvertes d’un plaisir physique à la prise de vue. Tout est mal contrasté, il y a des poussières qui trainent sur les images mais on n’est pas assez à distance pour mesurer encore tout ça… et on est juste subjuguer par  l’apparition de l’image sur le papier photo enfermé dans un labo de développement sous une lumière rouge inactinique avec la radio pour seule compagne. Ma préoccupation de l’époque c’était d’être suffisamment patiente pour attendre que quelque chose entre correctement dans le viseur en même temps que je  cherchais des lignes et des sens à faire converger dans un unique cadre définitif ; un rien dans un tout ou un tout dans un rien. L’artisanat de la photographie c’est aussi un défi aux multiples temporalités que l’on doit aussi  faire concorder en un instant à saisir rapidement ; entre intemporalité et hyper réalité. Je crois que c’est ce travail qui se contrarie et  se relie qui m’a fasciné ; car c’est le jeu de la dialectique qui amène à une sensation d’ intensité de pleine vie ; comme cette certitude aléatoire d’être dans quelque chose d’essentiel à saisir. Quand je regarde ces photos scannées plus d’une génération après, je me rappelle avec précision de ce que j’ai éprouvé en faisant ces photos et que je me sentais dans un temps suspendu. Lloyd Brevett  me fascinait et je le vois encore commencer à bouger la tête temps et si bien que son chapeau noir secoué par ses dreads en est tombé au sol et de le voir continuer, sans un regard sur le couvre chef, à faire sonner les cordes de sa contrebasse. Je revois le vol du chapeau dans l’air après toutes ces années.

La photo continue à réinventer ma vie.